Rapport financier 2024 – 25 juin 2025

Published On: 16 juillet 2025Views: 74

Ana Sohier porte le point de vue de groupe Breizh a-gleiz au sujet du rapport financier 2024

For privacy reasons YouTube needs your permission to be loaded. For more details, please see our Mentions légales.

Bordereau : Rapport financier 2024 

Intervention d’Ana SOHIER 

Chers collègues, 

Nous sommes appelés aujourd’hui à prendre acte du rapport financier 2024, document central qui retrace non seulement l’exécution budgétaire de l’exercice, mais qui dit aussi quelque chose de plus profond : le cap stratégique et politique de notre collectivité. 

Notre intervention se concentrera sur quelques points clés : la dette, bien sûr, mais aussi la structure des dépenses, la question des recettes régionales, la soutenabilité à moyen terme, et enfin l’éthique de gestion publique et des ressources qui doit toujours nous guider. 

Je commencerai par la dette, parce que c’est un sujet qui cristallise souvent les inquiétudes et les postures. Je veux rappeler ici une idée essentielle : la dette n’est ni un mal en soi, ni une solution miracle. Elle doit toujours être mise en rapport avec deux choses : la taille du budget, bien sûr, mais aussi la valeur du patrimoine public. 

Et ce patrimoine, dans le cas de la Région, est considérable : lycées, infrastructures ferroviaires, ports maritimes, bâtiments administratifs, équipements de transport… Nous gérons un patrimoine massif, structurant pour les territoires bretons, souvent transféré dans un état vétuste par l’Etat central, sans compensation. Ce seul fait relativise d’emblée toute lecture trop rigide de l’endettement.  

Cela dit, les chiffres de 2024 appellent à la vigilance : 

  • L’encours de dette a augmenté de plus de 100 millions d’euros, 
  • La capacité de désendettement, bien qu’encore soutenable, se dégrade plus rapidement que la trajectoire annoncée, 
  • Et cette hausse est d’autant plus marquante qu’elle se combine à une instabilité sur les recettes, notamment la TVA. 

Nous tenons ici à distinguer la quantité et la qualité de la dette. Sur la qualité, notons plusieurs éléments positifs : 

  • Le recul du financement via les marchés obligataires, au profit d’un partenariat plus solide avec la Caisse des Dépôts ; 
  • La quasi-disparition des emprunts structurés à risques : 2024 marque le second budget sans recours à ces produits, certains d’entre eux ont fait tant de mal à certaines communes bretonnes. 

Ce sont des progrès éthiques autant que techniques. Gérer la dette, ce n’est pas chercher à la minimiser à tout prix, c’est l’inscrire dans une stratégie maîtrisée et transparente. 

Le rapport financier montre également que les dépenses globales augmentent fortement, mais cette dynamique reste déséquilibrée car en investissement, le taux de réalisation reste trop faible (63 % globalement), 

Exemple parmi d’autres : la Mission 6 – Transition écologique, en hausse de 38 %… mais avec un taux d’exécution de seulement 49 % sur l’investissement. L’écart entre les ambitions proclamées et la capacité à les mettre en œuvre reste un problème, y compris dans les relations contractuelles avec les partenaires. 

Nous appelons donc à une clarification des priorités, une vraie priorisation, y compris lorsqu’il faut arbitrer dans la contrainte. Dépenser plus n’est pas toujours agir mieux. Encore faut-il organiser la montée en charge, calibrer les dispositifs, et faire atterrir les projets. 

Côté recettes, nous sommes confrontés à une double impasse : 

  • D’une part, une recette de TVA surévaluée en 2024 par l’État, qui a généré un effet ciseau dramatique, 
  • D’autre part, aucune véritable autonomie fiscale. 

Aujourd’hui, la Région est financée quasi exclusivement par des impôts nationaux redistribués. Cela la rend extrêmement vulnérable aux conjonctures économiques et surtout incapable de calibrer ses ressources à la hauteur de ses ambitions. 

Il est temps de poser clairement la question d’une fiscalité de stocks – foncière, écologique, patrimoniale – et pas seulement une fiscalité de flux dépendante de la consommation ou des transactions.  

La question qui doit nous guider pour l’avenir est la suivante : ce modèle budgétaire est-il soutenable à moyen terme ?  

  • Nous avons une dynamique d’investissement qui exige des financements à long terme ; 
  • Nous avons des politiques de transition énergétique, de mobilité ou d’aménagement, dont les effets budgétaires ne sont pas linéaires ; 
  • Et nous avons une architecture financière trop rigide pour absorber les chocs, comme on l’a vu cette année avec la TVA. 

La réponse est claire : non, ce n’est pas soutenable à moyen terme sans réforme de la fiscalité locale, sans priorisation stratégique et sans effort de gestion. 

Et, comme je le disais lors du vote du budget 2025, exigeons a minima de l’Etat central une vision des ressources à l’horizon d’un mandat. 

Enfin, nous voulons insister sur un point fondamental : l’éthique de gestion publique. Le rapport financier, ce n’est pas qu’un document comptable, c’est le miroir de votre politique. 

J’en viens donc à notre première richesse. Celle-ci ne se gère pas comme une variable d’ajustement. Il s’agit des ressources humaines, tous ces agents qui travaillent pour la collectivité. 

Monsieur le Président, vous avez récemment annoncé, sous contrainte budgétaire, vouloir ramener la masse salariale au niveau de début de mandat. Cela a déclenché une légitime inquiétude des organisations syndicales, qui redoutent des suppressions de postes. 

La vérité, c’est que le plan d’administration actuellement porté n’est pas à la hauteur des enjeux de transformation.  

Certains services paraissent sur-dotés, bien qu’ils se limitent à piloter des prestations externalisées. 

D’autres, en revanche – ceux qui assurent des missions de service public concrètes comme l’entretien et la gestion des lycées sont sous-dotés, avec des remplacements trop lents ou inexistants. 

Ce déséquilibre fragilise l’efficacité de notre action. 

Nous le disons clairement : l’implication des agents peut être un formidable levier d’action publique, à condition qu’ils aient une lisibilité sur le cap politique et un management adapté. Or, aujourd’hui, nous doutons que ce soit le cas dans toutes les directions. Certains agents se sentent désorientés, ballottés entre injonctions descendantes et réalités de terrain. 

Nous plaidons pour une politique RH sincère, cohérente et concertée. Elle doit combiner équité, anticipation des besoins, et sens donné au travail public. 

Pour conclure, nous saluons les efforts accomplis en matière financière, mais nous appelons à une vigilance stratégique renforcée, pour que la Région Bretagne reste à la fois ambitieuse et responsable dans l’exercice de ses compétences et offensive dans l’exigence d’une réforme d’envergure des finances publiques. 

Je vous remercie. 

Partager cet article

Suivez-nous
Derniers articles
For privacy reasons X needs your permission to be loaded. For more details, please see our Mentions légales.