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Culture, droits culturels, éducation artistique – février 2026

Published On: 23 mars 2026Views: 5

Kristian Guyonvarc’h porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet du bordereau : Culture, droits culturels, éducation artistique (Mission 3 P 302 et 303)

Monsieur le Président, Madame la vice-présidente, 

L'année 2026 verra une révision du règlement qui s'applique au principal fonds que la Région consacre au cinéma et à l'audiovisuel, le FACCA, le Fonds d'aide à la création cinématographique et audiovisuelle. Nous nous félicitons que ce chantier s'ouvre enfin car le groupe Breizh a-gleiz demandait cette révision depuis plusieurs années, notamment en commission permanente, constatant que la plus grosse part de ce fonds est attribuée pour des longs métrages de fiction et bénéficie le plus souvent à des sociétés de production qui sont extérieures au territoire breton et quasiment toutes installées à Paris.  

Notre motivation n'est pas de jeter par-dessus bord les acquis de la feuille de route pour le cinéma et l'audiovisuel que l'assemblée régionale précédente a votée en 2019. En six ans, les journées de tournage en région Bretagne ont augmenté dans des proportions importantes, donné du travail à des personnels techniques qui résident en Bretagne, parfois à des artistes bretons aussi mais nettement moins quand même. Ces journées de tournage ont aussi apporté de l'activité économique, au secteur de l'hôtellerie-restauration en particulier, et participé à la notoriété de la Bretagne. Ce n'est pas rien.  

L'économie, c'est important quand on parle de culture aussi. D'ailleurs, depuis que le jazz a débarqué en Europe en 1917 à partir du port de Brest, les Etats-Unis nous ont appris combien la culture pouvait induire de la puissance économique. Mais la culture n'est pas qu'une affaire d'activité économique. Et permettre qu'on fasse du cinéma « en Bretagne », ce n'est pas forcément construire un cinéma « de Bretagne ». A cet égard, l'ambition de la collectivité régionale doit forcément dépasser celle d'une Bretagne qui ne serait qu'un décor.  

Depuis les années 1970, la Bretagne a progressivement gagné une forme d'autonomie dans plusieurs genres ou formats audiovisuels, démontrant sa capacité à produire du documentaire d'abord, dans le sillage de pionniers comme René Vautier ou Nicole et Félix Le Garrec, puis, à partir des années 1990, à produire des films d'animation et des courts métrages de fiction. La qualité de ces productions est de plus en plus souvent saluée à l'échelle de la France et même sur le plan international, comme en témoigne par exemple cette année la sélection aux Oscars du film d'animation de la Bretonne Maylis Vallade et de Liane-Cho Han, « Amélie et la métaphysique des tubes », coproduit par la société Puffin Pictures installée à Rennes.  

Dans une période où les contraintes sont fortes sur le budget de la Région, nous pensons qu'il faut assumer le choix de réserver les aides de la collectivité aux projets qui émergent de notre territoire. Bien sûr, flécher à l'avenir les aides que la Région attribue aux longs métrages de fiction vers des sociétés de production qui ont leur port d'attache en Bretagne, ce n'est pas prôner l'isolement. Les coproductions sont possibles et souvent même nécessaires pour faire aboutir un projet de film.  

Et bien entendu, une société de production installée en Bretagne peut porter des projets de films qui puiseront leur inspiration aussi bien dans le substrat historique ou contemporain de la Bretagne que dans d'autres réalités géographiques, sociales et culturelles. Depuis près de 50 ans, le festival de cinéma de Douarnenez prouve que la Bretagne peut tout à la fois parler d'elle-même et dialoguer avec le reste du monde. Ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre.  

 

C'est la même ambition d'une autonomie de la Bretagne dans sa capacité à produire des œuvres nouvelles qui conduit le groupe Breizh a-gleiz à soutenir, dans le secteur musical, la démarche que portent ensemble ces artistes professionnels, femmes et hommes, qui ont fait le choix exigeant de chanter en breton ou en gallo. En tant qu'élus, nous devons mesurer la chance qui est la nôtre de vivre dans une région d'Europe où des artistes portent haut leur singularité et s'engagent au-delà de leur situation personnelle, donnent du temps et de l'énergie pour une Bretagne créative. Notre responsabilité est d'être au rendez-vous de cette ambition collective qui a d'autant plus de sens qu'elle est partagée par des artistes de la notoriété d'un Christophe Miossec qui chantent en français.  

Notre groupe souhaite que l'année 2026 voie la Région s'engager aux côtés de ces artistes chanteuses et chanteurs, musiciennes et musiciens, pour développer les capacités de production et de diffusion en Bretagne mais aussi faire rayonner la scène musicale bretonne en France et à l'international. Cela suppose de réinterroger certains dispositifs d'aide de la Région. Nous vous avons fait des propositions précises en la matière dans un courrier récent, Monsieur le Président, Madame la vice-présidente, et nous espérons que nous trouverons la possibilité d'en échanger de façon approfondie et constructive. Et pour avancer sur la question de l'accès aux moyens de diffusion, un accès qui conditionne une plus juste rémunération des artistes qui ont fait le choix de vivre de leur métier en région, la prochaine édition du Forum économique breton de Saint-Malo représente une opportunité. C'est l'occasion de convier le monde économique et celui des collectivités à rencontrer l'ensemble des parties prenantes de l'écosystème breton de la musique, mais aussi des organismes professionnels comme le Centre National de la Musique et la SACEM et de partager d'autres expériences comme celle du Pays basque.  

 

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