Tourisme, nautisme, voies navigables, patrimoine – février 2026

Published On: 23 mars 2026Views: 4

Gael Briand porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet du bordereau : Tourisme, nautisme, voies navigables, patrimoine (Mission 3 P 304 à 306)

Monsieur le Président, Madame la Vice-Présidente, 

 

Je me suis creusé longtemps la tête pour comprendre ce qui ne m'allait pas sur la politique touristique et pourquoi nous la trouvions peu ambitieuse. Au final, j'arrive à la conclusion que c'est justement l'absence d'articulation entre la politique patrimoniale et la politique touristique qui pêche. L'institution reste l'institution et elle ne sera la Bretagne. Peut-être justement car il manque cette épaisseur, cette âme qui donne corps à une société, à un peuple : l'Histoire. L'Histoire est un angle mort de nos politiques publiques, notamment touristiques. Et quand je dis « nos » politiques publiques, je ne parle pas uniquement de l'institution régionale. Rare sont les collectivités territoriales à s'inscrire dans le passé du peuple breton. 

 

Je me souviens il y a quelques années d'avoir vu une animation de la compagnie Spectaculaires à Rennes, sur l'Histoire de la ville. On passait en un temps record de Condate à l'incendie de 1720, puis à l'affaire Dreyfus et la création du minitel. Impasse totale sur le Moyen Âge ! Les rois et ducs de Bretagne ? On s'en fout. La cathédrale, les portes mordelaises ? Rien à cirer. De même, Lorient qui va fêter cette année ses 360 ans à grand frais oublie totalement que le bâtiment le plus ancien date non pas de 1666, mais de 1482. A cette date, le manoir de Trefaven est transformé en château de pleine puissance sur commande du duc François II à la famille Rohan-Guémené pour faire face aux menaces que fait peser Louis XI sur la Bretagne. Aujourd'hui, le château trône sur le Scorff, mais il semble invisible tant personne ne raconte son passé. 

 

Dans le Portrait du colonisé, en 1957, Albert Memmi écrivait que « la carence la plus grave subie par le colonisé est d'être placé hors de l'histoire et hors de la cité ». C'est ce qui est arrivé au peuple breton. Alors qu'on ne cesse de nous parler du patrimoine culturel immatériel et désormais du matrimoine de la Bretagne, la mise en valeur des langues et de l'histoire de notre peuple est systématiquement le parent pauvre de nos politiques publiques. La gastronomie, les traditions ok, mais le patrimoine vivant, celui qui se transmet, ne doit sa survie qu'à la société, qu'aux militants, souvent bénévoles. 

 

L'inventaire est indéniablement une réussite. Mais si l'on ne fait pas vivre un patrimoine, on ne fait qu'écrire une encyclopédie ! La réalité, c'est que beaucoup de maires se démènent pour restaurer comme ils peuvent ce qui fait la fierté de leurs villes. Permettez-moi ici un petit clin d'oeil au maire UDB de Montfort-sur-Meu, Fabrice Dalino, qui a eu la surprise d'obtenir 300000€ de la part du loto du patrimoine pour la restauration de la Tour de Papegault ! Voilà où nous en sommes rendus : à jouer au loto pour espérer gagner de quoi faire vivre notre Histoire. 

 

Nos bordereaux qui ne jurent que par l'« attractivité touristique » se posent-ils la question du pourquoi ? Pourquoi part-on ? Est-ce pour aller chercher la même chose que chez soi ? Si la France était un pays uniforme, pourquoi irait-on en Savoie, à la montagne ? Pourquoi en Corse ? Pourquoi au pays Basque ou en Auvergne ? Pour les paysages, assurément, mais est-ce tout ? Si la Bretagne est si populaire, si elle est si attirante, n'est-ce pas aussi et surtout pour son identité ? Et quand je parle d'identité, je ne parle pas de marketing. La marque Bretagne, désolé de le dire aussi crûment mais ça me révulse ! Ceci dit, je déteste autant la « team France » et autres conneries d'agents touristiques en mal de concepts ! 

 

Miser sur l'identité de la Bretagne va au-delà des clichés véhiculés par la publicité ou le cinéma, des crêpes et des cirés, des vieux marins-pêcheurs ventripotents et barbus, la pipe au bec, plutôt que des jeunes marins, parfois consommateurs de coke, ou des sénégalais que l'on peut voir de nos jours dans les ports de pêche ! En mettant du breton et du gallo dans nos TER, par exemple, nous avons dit quelque chose : nous avons affirmé que nous n'étions pas ici nulle part. Nous sommes en Bretagne ! Miser sur l'identité, c'est justement miser sur la culture, sur ce qui fait que nous sommes un endroit spécifique, certes avec parfois les mêmes problèmes qu'ailleurs car l'idée n'est pas de se différencier pour se différencier. C'est juste affirmer qui nous sommes, où nous sommes, d'où nous parlons. 

 

L'Histoire est un puissant vecteur de rêve, d'imagination. Or, on a l'impression que l'Histoire de ce pays démarre en 1532 pile poil ! Comme par hasard. Même notre duchesse Anne, si connue, n'a jamais eu l'heur d'avoir un film sur sa personne alors qu'elle fut par deux fois reine de France et que sa fille fut l'épouse de François 1er, l'un des rois de France les plus connus. 

 

Au lieu de cela, nous misons sur les paysages, la rente de situation, la rente géographique ! « Venez en Bretagne, il y a la mer ! » Les gens sont-ils si cons qu'il nous faille dépenser des millions pour le leur rappeler ? Si l'objectif est d'attirer jusqu'à saturation, de passer d'une mode paysagère à une autre, de St Malo à la presqu'île de Quiberon, de Groix aux Monts d'Arrée, quelle histoire racontons-nous ? Quel est le fil conducteur de notre politique touristique ? Il est écrit dans notre bordereau que le tourisme permet la « structuration sociale et économique des territoires ». Quelle tristesse de penser que nous devons dépendre d'ailleurs pour avoir une activité économique alors que c'est justement notre activité, ici, qui fera venir les gens. Nous devons mener notre propre politique, non pour les autres, mais pour nous-mêmes : car les principaux intéressés par l'histoire de la Bretagne sont les Bretons eux-mêmes. Nos touristes sont donc déjà là. 

 

L'objectif de Breizh a-gleiz n'est pas de travestir l'histoire à des fins nationalistes, mais d'attirer votre attention sur l'absurdité de certaines de nos politiques. Le bordereau souligne lui-même, dans un constat lucide, les « effets délétères » que peut avoir le tourisme sur le logement – et je vous invite à lire le témoignage de Véronique Deschamps à St Malo – ou sur les milieux naturels en proie à un accueil trop important. Pourquoi alors persister à vouloir attirer davantage si cela remet en cause la vie quotidienne de nos habitants dans certaines de nos villes ? 

 

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