
Usages numériques et cybersécurité – février 2026
Kristian Guyonvarc’h porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet du bordereau : Usages numériques et cybersécurité
Monsieur le Président, Monsieur le conseiller régional délégué,
Le programme 502 n'est pas le mieux doté en crédits mais les sujets qu'il recouvre en font un des plus signifiants.
Chaque jour qui passe vient nous démontrer que nos sociétés modernes sont entrées dans l'ère du numérique tête baissée… ou plutôt comme un canard sans tête. Ou dit autrement, pour ne pas rester en marge du progrès technologique, nous avons tous accepté d'embarquer dans un avion dont seuls les pilotes connaissent peut-être la destination.
Le panorama mondial n'est pas réjouissant, il est même inquiétant, avec le ralliement des patrons des GAFAM au projet politique liberticide et agressif de l'administration Trump, une Chine qui s'est imposée comme l'atelier de fabrication des objets connectés mais aussi comme le seul réel concurrent des Etats-Unis dans la conception et la pleine maîtrise de réseaux dits sociaux à portée universelle, et une Russie dont le régime a voulu qu'elle devienne experte en cybercriminalité pour compenser par une capacité de nuisance sa perte d'influence sur le plan économique. 1984, le roman de George Orwell, ce n'est plus de la science-fiction, c'est notre réalité.
L'Europe des Etats, elle, se retrouve dans une position défensive, faute d'avoir compris à temps les enjeux géostratégiques et civilisationnels de notre entrée dans l'ère du tout-numérique, faute aussi d'avoir pu surmonter ses contradictions internes entre pro et anti Europe fédérale. Instruits par l'enchaînement étourdissant des événements qui, en 20 ans à peine, ont placé la question du numérique au cœur de toutes les décisions publiques, nous voyons aujourd'hui le prix à payer pour ne pas avoir su construire l'Airbus du numérique. Ce prix, c'est une menace existentielle pour nos démocraties, malmenées par la désinformation à une échelle industrielle, une désinformation qui peut toutes et tous nous affecter individuellement. Et c'est pourquoi, même si nous ne sommes que le Conseil régional de Bretagne, nous ne pouvons pas être spectateur.
La posture défensive de l'Europe a des traductions matérielles qu'il ne s'agit pas de contester ici car elles relèvent de l'instinct de survie. En cela, la stratégie bretonne en matière de cybersécurité, qui lie l'économie privée, les administrations publiques et la Défense dans une coordination avec l'Etat, est bien sûr légitime et emporte notre soutien.
Mais il n'est peut-être pas trop tard pour que les peuples européens, du moins ceux qui le veulent, conquièrent enfin une souveraineté numérique. Au-delà des divergences politiques que nous pouvons avoir sur d'autres sujets, le chemin que trace l'ancien commissaire européen Thierry Breton est le bon et c'est d'ailleurs pour cela que l'administration Trump l'a cloué au pilori. Il faut accélérer dans la construction d'une Europe du numérique et de l'IA, en associant à une stratégie d'investissement qui puisse s'inscrire dans la durée une législation commune qui protège à la fois les acteurs économiques des appétits extérieurs et les usagers dans l'utilisation des données qui les concernent. Et il faut le faire quitte à ne pas embarquer certains Etats parmi les 27 de l'Union européenne parce que leurs dirigeants sont les amis de Trump et de Poutine. Ayons le courage de retirer les fruits pourris du panier. A son échelle, la Région Bretagne peut et doit envoyer des messages dans ce sens.




