
Rendu compte plan refus de la misère et de la précarité 2025 – juin 2026
Intervention de Gael Briand au sujet du rendu compte du plan de refus de la misère et de la précarité 2025 lors de la session du 25 et 26 juin 2026
Monsieur le Président,
Troisième exercice du genre, ce nouveau bilan sur le plan de refus de la misère et de la précarité s'inscrit dans un contexte social particulier. Oh, je ne vais pas parler de « crise » puisqu'elles se succèdent depuis ma naissance, à tel point qu'on a fait de ce terme un outil de gouvernance. Non, je vais parler de l'actualité bretonne…
Il fut un temps où l'on pouvait lire dans Le Peuple breton : « pauvres parce que Bretons ». Dans les années 60 et même 70, la Bretagne était peu ou prou considérée comme une colonie intérieure : la main d'œuvre bretonne était encore pléthorique et le coût du travail y était plus faible qu'ailleurs. De fait, on assistait à une double prolétarisation des ouvriers bretons, embauchés dans ce qu'on appelait des « usines pirates » qui, je cite : « [emploie] une main-d'œuvre bon marché, tout comme la France dans les colonies exploitait la main-d'œuvre indigène », dixit non pas l'UDB, mais la CFDT quelques années avant la grève du Joint Français.
De l'eau a coulé sous les ponts depuis. La Bretagne est désormais attractive et même enviée. Mais cette belle image cache un prolétariat toujours existant. Car si nous affichons des taux de chômage plus faibles qu'ailleurs, n'oublions pas trop vite que les salaires moyens restent de 1000€ inférieurs à l'Ile-de-France et les salaires médians parmi les plus faibles de France. La « faute » si je puis dire à de nombreux invisibles et malgré tout essentiels ouvriers d'usine payés au lance-pierre pour certains, à une partie du monde agricole, plus nombreux qu'ailleurs, qui peinent à se tirer un salaire, à des retraités pauvres…
Ce constat rapidement brossé, la Région n'ayant pas de pouvoir, comment pourrait-elle être responsable de la pauvreté ? A grand pouvoir, grande responsabilité ! L'inverse est aussi vrai. Et pourtant, nous cherchons à compenser les mauvaises politiques de l'État. Un pansement sur une jambe de bois si vous voulez mon avis. Mais pour y parvenir, il existe un vrai clivage droite-gauche.
D'un côté, il y a ceux qui veulent contrôler l'usage de l'argent public, parfois à l'extrême comme Maël de Calan qui se félicite d'avoir diminué le nombre de bénéficiaires du RSA pour passer de 18000 à 13500. Dans le Finistère, le taux de radiation pour fraude était de 39,8 % en 2024 contre 1,96 % en France. Je veux bien qu'on me dise que les Léonards et les Bigoudens sont près de leurs sous, mais je les crois plutôt honnêtes. Cette chasse aux pauvres touche aussi les chômeurs dont on ne compte plus le nombre de réformes depuis 10 ans. L'occasion pour moi de rappeler une chose à celles et ceux qui veulent économiser sur eux en rabotant leurs droits : l'assurance-chômage est quasiment à l'équilibre ! Son déficit n'est que de 100M€ en 2024 pour des dépenses de 44,5 Mds d'€.
L'économiste Gilles Ravaud écrit dans son Petit manuel d'économie impertinente que « pour 10€ versés par les caisses de Sécurité sociale (…) l'assurance-chômage (…) n'en représente que 90 centimes ». Ah, si seulement, les salaires étaient plus élevés, que de cotisations nous pourrions récolter ! Car par définition, un chômeur a travaillé. Une évidence qu'il faut hélas rappeler. Je reprends volontiers à mon compte l'équation d'hier de M. Perrin Sarzier : petits salaires = petites cotisations = pauvres retraités de demain ! Et oui. Beaucoup d'artisans, de commerçants qui ne se sont pas tirés de salaire et ont vécu bon an mal an sur l'entreprise. Bref, vous l'aurez compris, ce type de plan, un peu dérisoire vues nos finances et nos pouvoirs, n'en est pas moins utile !
L'empilement de dispositif a son intérêt mais selon notre groupe, la vraie pauvreté se mesure principalement en matière de logement et d'alimentation, les fondamentaux. Peut-être aussi la mobilité quand il s'agit d'accéder à un emploi… d'où l'importance des transporteurs solidaires comme Ti Mouv à Lorient, par exemple.
A ce titre, nous nous félicitons que le bordereau aborde le cas précis des agriculteurs. Une pensée émue pour ceux que Maël de Calan décrit comme les « faux agriculteurs qui ont un demi hectares de poireaux, une poule et un canard ». L'agriculteur est justement la faille dans le raisonnement de la droite et de l'extrême-droite, la preuve que le « mérite » est une illusion. Car qui peut se targuer de travailler plus qu'un agriculteur pour aussi peu d'argent, pour certains d'entre eux du moins ? La Confédération Paysanne dénonce des contrôles intrusifs et chronophages pour les agriculteurs au RSA. Donc oui, un soutien à SOS Paysans est essentiel. Et côté consommateur, la part du budget consacré à l'alimentation qui était rendue extrêmement basse durant les 30 Glorieuses, a tendance à augmenter en même temps que le prix des denrées. Pensée pour les étudiants dont 78 % vivent avec moins de 100 € par mois en France.
En ce qui concerne le logement, quand on habite en Bretagne, on est doublement pénalisé. La pression foncière, la pénurie de logements publics comme privés, participe à la montée des prix des loyers. Quiconque est ici depuis suffisamment longtemps sait que le prix des loyers pour une même surface a considérablement augmenté… pas les salaires ! Au lieu de s'attaquer aux passoires et bouilloires thermiques, le Président de la République a économisé sur les bailleurs sociaux et inventé un « bail mobilité » qui rend plus précaire la vie des précaires, à commencer par les jeunes. J'entends parfois : « Ah mais non, ça leur permet de lâcher leur appartement l'été ». Rectification : ça les oblige à lâcher leur appartement. Le bail mobilité n'est pas fait pour les locataires, mais bien pour les propriétaires-bailleurs. Le locataire, lui, peut lâcher son appartement n'importe quand pourvu qu'il respecte un préavis, d'un mois quand on est étudiant ou en recherche d'emploi.
Pour le groupe Breizh a-gleiz, lutter contre la précarité, c'est d'abord se libérer des charges mentales, dégager l'horizon. Cela suppose un toit, un emploi et un en-cas.
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