rapport de la MIE sur la politique des lycées – juin 2026

Published On: 23 juillet 2026Views: 6

Intervention de Valérie Tabart au sujet du rapport de la MIE sur la politique des lycées lors de la session du 25 et 26 juin 2026.

Chers collègues, 

Je veux d'abord saluer le travail qui a été mené et auquel j'ai eu plaisir à participer. Ce rapport est clair, solide et dense, sans pouvoir être exhaustif. Il doit beaucoup à l'implication de ses membres, saluons en particulier sa présidente, Stéphanie Stoll, au travail des services, à la diversité des expertises et points de vue entendus et à la méthode de travail collectif.    

Je voudrais, dans le temps court de 5 minutes de prise de parole, insister sur deux convictions pour notre groupe. 

Première conviction : la baisse démographique ne doit pas conduire à réduire mécaniquement les moyens, mais au contraire ouvrir l'opportunité d'un investissement éducatif renforcé en direction de la jeunesse et sur tous les territoires bretons. L'éducation, première priorité nationale selon le Code de l'éducation, pose une exigence politique : celle de profiter de la baisse des effectifs pour améliorer le taux d'encadrement qui fait aujourd'hui de la France un piètre élève à l'échelle européenne.   

Les travaux de la mission ont, me semble-t-il, mis en lumière une tension qui mérite d'être constamment travaillée. D'un côté, le risque d'assignation territoriale : dans certains espaces – de Redon à Morlaix, en passant par le Centre-Bretagne, cette « diagonale » évoquée par Anne Patault – les parcours scolaires apparaissent plus souvent orientés vers des horizons moins ambitieux. De l'autre, l'attachement juste et légitime aux territoires ruraux, à la possibilité d'y vivre, d'y travailler, d'être fier de son ancrage : le « vivre et travailler au pays ». Il ne s'agit pas d'opposer enracinement et émancipation. Il faut permettre aux jeunes d'être d'ici, de s'épanouir ici sans être assignés à rester ici. Cet équilibre suppose de préserver un maillage territorial avec des moyens de l'Éducation nationale dédiés et différenciés selon les besoins des territoires. 

C'est dans cette perspective que la question de la taille des établissements doit être abordée avec nuance. Car si la réforme Blanquer du lycée et le système des spécialités rendent plus aigu l'enjeu d'une taille critique, la petite taille n'est pas un idéal en soi, mais elle n'est pas forcément un handicap non plus. Des lycées à taille humaine peuvent être de puissants leviers d'éducation et d'émancipation, à condition de leur donner pleinement les moyens d'agir. 

L'étude de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement) de 2021, citée dans le rapport, invite d'ailleurs à sortir pour les territoires ruraux d'une logique de seuils souvent défavorable aux petits établissements. Elle plaide pour une approche plus souple dans ces territoires, fondée sur la mobilisation des acteurs locaux, le travail en réseau et le développement de coopérations entre établissements scolaires et autres services publics. Ce peut être par la mise en place d'une formation singulière à rayonnement dépassant le territoire combiné à l'hybridation des locaux préconisées par le CESER que des établissements pourraient non seulement consolider leurs effectifs et optimiser l'occupation de leurs espaces, mais aussi être confortés comme outil intellectuel et de transmission des savoirs dans les territoires.   Bref, la baisse démographique peut être source de nouvelles inventions et beaux projets de territoires au service de la réussite des jeunes.  

  

La deuxième conviction de notre groupe -vous ne saurez pas surpris- concerne l'autonomie de la Région. 

L'audition du réseau de l'enseignement catholique privé a montré qu'une organisation ascendante, fondée sur l'autonomie des établissements et sur des principes de péréquation et de solidarité à l'échelle régionale, permet une agilité des acteurs et une plus grande force du projet éducatif. 

Le transfert des secrétaires généraux nous permettrait de sortir d'une logique étatique trop descendante et de gagner en force et cohérence sur nos propres politiques. Quand Françoise Gatel nous dit en décembre que le sujet nécessite désormais « une approche documentée et factuelle », autre manière de dire "ce n'est pas le moment"(!), nous disons au contraire qu'il est temps de rendre ce transfert effectif dès la rentrée 2027, conformément à la proposition de loi portée par notre collègue Simon Uzenat.   

Mais la Région Bretagne dispose d'ores et déjà de marges de manœuvre propres, et nous devons mobiliser pleinement celles qui sont citées dans le rapport. Petit pas de côté mais pas anodin pour concevoir une Bretagne autonome :  l'association Istor effectue un travail remarquable sur le plan scientifique et pédagogique, avec son site internet, en réponse à la soif de connaissances des Bretons et des Bretonnes pour l'histoire de la Bretagne. Pour notre groupe, la Région doit être à ses côtés dans son travail d'accompagnement des professeurs des écoles et des enseignants en histoire, afin qu'ils fassent une place plus grande à l'histoire locale et bretonne dans leurs cours.  Les programmes de l'Éducation nationale le permettent ; les recherches en didactique montrent que l'apprentissage gagne en efficacité lorsqu'il part de l'ancrage des élèves. 

Faire connaître l'histoire de la Bretagne, n'est-ce pas là un formidable levier d'émancipation, pour la jeunesse et pour la Bretagne que le Conseil régional devrait saisir ?  

En conclusion, notre groupe soutient les préconisations de ce rapport. Nous souhaitons qu'elles nourrissent pleinement la démarche Lycée 2040 engagée par la collectivité.    

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