
Syndicat mixte pour la pêche de Lorient Keroman – juin 2026
Intervention de Gael Briand au sujet du syndicat mixte de la pêche de Lorient Keroman lors de la session du 25 et 26 juin 2026
Monsieur le Président,
On nous demande notre avis sur la refacturation d'un quart d'ETP ce sur quoi nous avons envie de dire : chacun paye sa part ! Rien de plus logique. De même, un délai de convocation minimum en cas de budget paraît aller de soi. 12 jours ou 15 jours ? L'avenir de la pêche lorientaise ne se joue pas là…
Je vais me permettre un cavalier car notre assemblée mérite de discuter des dernières informations. Car si l'on fait le bilan sur les derniers mois, voire année, le tableau a de quoi nous alarmer. Ciblée par certaines associations, le groupe Mousquetaires a modifié ses pratiques. Depuis quelques années, il a surtout réduit la voilure car la Scapêche perd de l'argent chaque année comme l'a rappelé le PDG d'Intermarché dans La Croix. Certes le Brexit n'a pas dû aider, mais on sent comme une envie de se débarrasser purement et simplement de cette branche « pêche ». On imagine bien les négociations en sous-main et les pressions politiques pour éviter cela. Reste que l'armement a envoyé 7 de ses 22 navires hauturiers à la casse dans le cadre du plan de sortie de flotte et ne compte désormais plus que 15 navires. Les volumes ne font que chuter et le port de Lorient a perdu près de 10000 tonnes en volumes depuis 2016, passant de 26000 tonnes débarquées à 16000 en 2025. Sans parler de la mise en vente de Capitaine Houat…
Ce recul s'accompagne de pertes d'emploi et le recours à l'importation suivra. Pas franchement écologique ! Globalement, la pêche, la transformation des produits de la mer et la logistique totalisaient 3 530 emplois fin 2024 sur le pays de Lorient-Quimperlé d'après l'agence d'urbanisme du pays de Lorient-Quimperlé Audélor. Sur ces 3 530 emplois, 412 pêcheurs et aquaculteurs étaient comptabilisés. C'est 33 emplois en moins par an depuis 2019 et la tendance se poursuit. On pourrait me rétorquer que l'emploi pour l'emploi n'a pas d'intérêt. Honnêtement, je pourrais me le rétorquer à moi-même dans un exercice de philosophie politique. Sauf qu'il y a dans toutes activités des seuils et que la disparition de la pêche hauturière en Bretagne signerait aussi une perte de savoir-faire.
Les logiques de conservation, dès lors qu'il n'y a plus de communautés de pêcheurs s'accompagnent toujours d'une privatisation : soit via l'extraction ou soit via l'économie touristique. C'est en somme le retour des « réserves d'indiens » et cela a d'ailleurs été fortement documenté partout dans le monde. La réalité, c'est que la mer Celtique est exploitée par un très petit nombre de navires et que cesser la pêche bretonne dans ces eaux permettra simplement à de nouveaux acteurs d'aller y faire leur razzia. Pire : en cas de rapatriement sur la côte, on aura pléthores d'artisans et le combat des ONG se déplacera lui aussi, légitimement tant la ressource sera menacée.
La Saint Jacques au nord, mais aussi le poulpe permet de masquer temporairement les difficultés puisque, proche des côtes, ils demandent moins de carburant et coûtent donc moins cher à pêcher. Mais nous nous demandons ce que va devenir la pêche hauturière bretonne si Scapêche décide de se séparer de son outil ? Qui pourrait reprendre ? Car force est de constater que les métiers de la pêche attirent peu : les formations du CFA de Lorient sont boudées, malgré les débouchés économiques. Ça ne plaira pas au RN qui se vante de « connaître les pêcheurs », mais on peut remercier les jeunes marins sénégalais de prendre la relève ! Qui d'autre voudrait s'embarquer dans une activité dont on pense qu'elle est sans issue ? Même les petits bateaux côtiers fileyeurs-caseyeurs ont du mal à trouver des équipages et se tournent vers des sociétés de Manning pour embaucher des Indonésiens.
La philosophie du groupe Breizh a-gleiz est plutôt simple à comprendre si toutefois on refuse la caricature : la bande côtière est vitale pour les petits navires. Elle devrait être prioritairement réservée à ceux qui en dépendent pour vivre, pas à des navires capables d'aller pêcher à des centaines, voire des milliers de kilomètres de nos côtes. En revanche, on doit aussi laisser pêcher les navires hauturiers en haute mer, bien évidemment en étant strict sur les règles et les quotas. Car c'est tout le secteur des bateaux de plus de 12 m qui est menacé de disparition (à commencer par les chalutiers langoustiniers). Il n'y a eu aucune construction de bateau de ce type (et je ne parle pas ici des navires-usines) l'an dernier et on ne voit pas de projet émerger dans les conditions actuelles.
Plus d'une fois, j'ai entendu des responsables politiques sur le littoral dire que la pêche était foutue et que l'avenir était à la voile. Depuis 30 ans, mes amis géographes et moi-mêmes critiquons cette tendance à la privatisation du littoral et défendons la pêche, justement parce que les communautés professionnelles maintiennent une économie réelle et nourricière. De même que nous souhaitons des « chasses gardées » en fonction des types de pêche, nous aimerions que le Conseil régional sanctuarise son foncier portuaire pêche pour éviter qu'il ne soit grignoté toujours plus par le développement exponentiel de la voile de compétition.
Partager cet article
Suivez-nous
Derniers articles
22 juillet 2026




