
Rapport financier 2025 – juin 2026
Intervention d’Ana Sohier lors de la session du 25 et 26 juin 2026
Rapport financier 2025 – Intervention d'Ana SOHIER
Nous sommes aujourd'hui appelés à prendre acte du rapport financier 2025, un document qui éclaire bien plus qu'une simple exécution budgétaire.
Il constitue un révélateur des choix stratégiques de notre collectivité et de leur soutenabilité dans le temps. L'exercice 2025 présente une caractéristique particulière : il marque un véritable point de bascule dans la trajectoire financière de la Région.
Non pas parce que la situation financière de la Région deviendrait brutalement préoccupante, mais parce que plusieurs tendances observées depuis quelques années se confirment désormais simultanément.
Je commencerai, comme l'an dernier, par la question de la dette.
Nous avons toujours défendu l'idée qu'il fallait distinguer la quantité de dette de sa qualité.
Une dette qui finance des infrastructures ferroviaires, des lycées, des ports, des équipements publics ou des investissements liés à la transition écologique ne peut être analysée de la même manière qu'une dette servant à financer des dépenses courantes.
La Bretagne continue d'investir massivement. Près de 580 millions d'euros ont été consacrés aux investissements en 2025 hors remboursement de la dette. Cette volonté d'investir doit être saluée. Elle participe au développement du territoire et à la préservation d'un patrimoine public considérable. Pour notre groupe, l'endettement n'est pas problématique lorsqu'il finance des actifs utiles aux générations futures.
Mais cette analyse ne doit pas nous empêcher de regarder lucidement la trajectoire financière : l'encours de dette atteint désormais 1,7 milliard d'euros, le flux net d'endettement continue de progresser et la capacité de désendettement atteint 6,7 années.
Surtout, la structure même du financement de l'investissement évolue.
En 2025, l'autofinancement ne couvre plus qu'un quart des investissements réalisés tandis que l'emprunt en finance désormais près de la moitié. Le véritable sujet n'est pas la dette elle-même. C'est le fait qu'elle tende à remplacer progressivement des ressources propres qui ne suivent plus le niveau des responsabilités confiées à la Région.
Cette évolution n'entame pas encore la solidité financière de la Région, mais elle réduit progressivement ses marges de manœuvre futures et appelle à une vigilance accrue et un pilotage exigeant.
Cette situation est d'autant plus notable que les dépenses régionales apparaissent globalement maîtrisées. Les dépenses de fonctionnement progressent faiblement. Les investissements restent conformes aux grandes orientations du plan pluriannuel.
Nous ne sommes donc pas confrontés à une dérive de la dépense publique régionale ; le problème se situe ailleurs. Il réside dans l'évolution des recettes.
Pour la première fois depuis la crise sanitaire, les produits de fonctionnement diminuent. Cette baisse peut paraître limitée en pourcentage. Mais elle constitue un signal d'alerte fort car elle intervient alors même que les besoins continuent de progresser.
Autrement dit, les responsabilités augmentent plus vite que les ressources permettant de les exercer.
Nous retrouvons ici une question que notre groupe soulève depuis plusieurs années. Peut-on parler de véritable décentralisation lorsque les régions exercent des responsabilités croissantes sans disperser les leviers financiers leur permettant de les assumer durablement ?
La situation observée en 2025 illustre une nouvelle fois les limites structurelles de ce modèle.
Nous continuons de penser que l'autonomie financière réelle des Régions constitue désormais une nécessité démocratique autant qu'une nécessité budgétaire.
C'est aussi un sujet de la soutenabilité.
Le rapport financier montre surtout que les marges de sécurité se réduisent.
- L'épargne nette recule à 144 millions d'euros en 2025.
- Le remboursement annuel du capital de la dette a plus que doublé
- L'encours de dette a progressé de plus de 289 millions d'euros
- Et le fonds de roulement est réduit à un niveau très faible.
Pris isolément, aucun de ces indicateurs n'est alarmant ; c'est leur évolution convergente qui doit nous alerter car elle dessine une tendance de fond : la Région conserve une situation financière solide, mais elle dispose de moins en moins de marges pour absorber les chocs, financer de nouvelles priorités ou faire face à l'incertitude croissante de ses recettes.
Et il est normal que nous nous préoccupions de la progression du poids de la dette et de son impact sur l'épargne régionale. Non parce que la Bretagne serait aujourd'hui en difficulté, mais parce que l'épargne est précisément ce qui permet à une collectivité de préparer l'avenir. Lorsqu'une part croissante de cette épargne est absorbée par le remboursement du capital et le service de la dette, les marges de décision se réduisent.
S'inquiéter de cette évolution n'est donc pas un signe d'alarmisme ; c'est reconnaître que le budget régional est aujourd'hui sous tension.
À l'inverse, lorsque la question du poids de la dette ne suscite plus aucune inquiétude, comme c'est trop souvent le cas au niveau de l'État, c'est que l'on a renoncé à retrouver des marges de manœuvre. Pour notre part, nous refusons cette résignation. Car derrière ces indicateurs financiers se pose une question éminemment politique : la capacité réelle de la Bretagne à exercer ses responsabilités et à préparer son avenir.
Ce rapport financier confirme surtout que nous approchons des limites du modèle actuel. Les Régions assument des responsabilités croissantes sans disposer des ressources nécessaires pour les exercer durablement. L'autonomie financière n'est plus une revendication institutionnelle ; elle devient une nécessité démocratique et budgétaire.
Car ce qui apparaît parfois comme marginal ou accessoire depuis Paris constitue bien souvent l'essentiel de l'action publique dans nos territoires. Peut-être est-ce aussi une différence de regard sur ce que l'on doit au peuple : nous considérons que les réponses aux besoins quotidiens des Bretonnes et des Bretons doivent être construites au plus près d'eux, et non décidées à distance.
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