Discours de politique général – février 2026

Published On: 19 mars 2026Views: 5

Gael Briand porte le discours de politique générale pour le groupe Breizh a-gleiz

Monsieur le Président,

« La critique est facile, l’art est difficile », dit le dicton. Et en effet, alors que nous nous apprêtons à voter le budget de notre collectivité, il est sans doute plus facile d’être dans l’opposition que dans la majorité. Houlà, j’entends déjà les commentaires : un élu d’opposition ne devrait pas dire ça ! Et pourtant, le contexte le permet. Si vous ne pouvez pas l’exprimer de manière simple, M. Le Président, je me propose de le faire pour vous : alors qu’elles ne sont pas du tout responsables de la dette française, les collectivités – dont les Régions – se retrouvent responsables de l’incompétence et de l’irresponsabilité de l’État. Dans le jargon, on appelle ça un « fusible ». Car si l’État est loin, les collectivités sont à portée de critiques. Mais le fait est que nous sommes dépendants.

Et pourtant d’où vient l’argent ? De l’État ? Non non non. Il vient bel et bien de la société. Collecté de façon centralisée, l’impôt redescend ensuite sous forme de dotations, à la guise de l’Etat qui se comporte comme Papa distribuant de l’argent de poche. Mais à un moment, il faut appeler un chat un chat : Papa se fait sénile et il est temps de s’émanciper. Ce ne sont pas les gouvernements, mais bien l’État lui-même qui s’effondre devant nos yeux et nous devons assumer ce qu’il ne fait plus, le tout sans argent. Nous sommes solidaires des autres, évidemment. Mais la Bretagne subit, depuis des années, un différentiel d’investissement public équivalent à 890 M€ par an dans plusieurs missions essentielles comme la santé, la culture, l’enseignement alors même que sa contribution à l’effort national ne diminue pas. Ce travail a été fait par l’association Bretagne Majeure. « Égoïstes ! », nous dirons indéniablement certains. Mais regardez qui ne partage pas ! Ce ne sont pas les régions pauvres qui bénéficient des impôts de toutes et tous. La redistribution par l’État est un mythe.

Toute pédagogie étant répétitive, comparons une nouvelle fois le budget du pays de Galles, avec le nôtre : pour le même nombre d’habitants que notre périmètre administratif 31 Mds € pour 2026-2027. Nous, 2 !

Certes, le gouvernement gallois assume d’autres compétences, mais cela témoigne surtout d’une autre logique à l’œuvre au Royaume-Uni  : la confiance ! Bien sûr, le Royaume-Uni est traditionnellement libéral, mais on n’oublie qu’il est aussi plus attaché à la démocratie que ne l’est la France. En France, c’est toujours la défiance qui prime : non seulement les Régions n’ont pas de pouvoir, mais elles doivent en plus faire avec les préfets. Dans un système d’autonomie, on pourrait comprendre l’existence d’un contre-pouvoir, mais là… On contrôle ceux qui n’ont pas de pouvoir, dès fois que.

Par mesure d’économie, on envisage aussi de couper dans les dépenses permettant de faire vivre la démocratie : du fait de l’État dit « Providence » – d’aucuns diraient divin ? –, les syndicats et les partis politiques sont historiquement plutôt faibles comparés à ailleurs. Désormais, ce sont les conseils économiques, sociaux et environnementaux régionaux qui pourraient devenir facultatifs. A priori, cela « simplifierait » la vie économique ! On a du mal à comprendre comment une instance consultative freine le développement économique… à la rigueur, c’est même l’inverse puisque cela la permet une rencontre des différents acteurs. « Rendre les CESER facultatifs, à la libre appréciation et au bon vouloir des Conseils régionaux et au gré des alternances et couleurs politiques, ce serait les affaiblir considérablement sur le plan institutionnel », écrit le nôtre. Et comme il a raison. Les espaces de dialogue sont si peu nombreux ou si peu réels qu’après tout, pourquoi y consacrer un peu d’argent ? Au final, ce sont tous les acquis sociaux de la fin du XIXe siècle qui sont en danger et avec eux la possibilité pour les citoyens de s’auto-organiser pour constituer, justement, un contre-pouvoir. La tête dans le mur, l’État persiste à penser qu’il est bon par nature et seul apte à faire des choix raisonnables. De fait, il ne vaut guère mieux que le capitalisme qui nous inculque que seul le marché est pur et parfait. L’individualisme dans les deux cas. Nos rares espaces d’expression démocratiques sont dépendants des décisions de l’État puisque toute l’architecture de notre vie politique est conçue de manière autoritaire, descendante.

Pour revenir à notre séquence budgétaire, vous l’abordez avec prudence, comme toujours. Les décisions modificatives peuvent ajuster, nous ne l’oublions pas. Mais un tien vaut toujours mieux que deux tu l’auras. Vos choix dans certains domaines expliquent notre place dans l’hémicycle, mais nous refusons d’en faire polémiques car comme le disait Albert Camus : « le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue ». Notre groupe Breizh a-gleiz a souhaité et souhaite toujours être constructif. Néanmoins, comprendre n’est pas synonyme d’acceptation. Et nous pouvons, nous aussi, faire preuve de lucidité, de là où nous nous trouvons. En période de crise, l’autoritarisme fait généralement un retour en force. C’est compréhensible : en temps de guerre, il faut décider vite. Même l’ethnologue anarchiste Pierre Clastres l’admettait dans son ouvrage La Société contre l’État. Oui, mais à 42 ans, je n’ai vécu que des « crises ». La crise est devenue un outil rhétorique pour gouverner par la peur. Et vous savez ce que l’on dit à force de crier au loup !

Reste qu’en période de disette financière, nous devrions faire des choix plus clivants. En essayant de contenter tout le monde, vous favorisez le conservatisme, principalement en matière d’écologie quand bien même nous parlons de « transition ». Or, on ne rappellera jamais assez, en ces périodes d’inondations, que le changement climatique va s’intensifier et les dégâts matériels, mais surtout humains, avec lui. Nous devons donc nous adapter. De ce point de vue, nous avons toujours considéré que la concentration ne pouvait générer que du dérèglement dans des milieux qui ne peuvent plus absorber la croissance. En conséquence, que la transformation du modèle agricole devrait être notre priorité en Bretagne, par exemple. Pas uniquement en tant que Bretons, mais en tant qu’êtres humains. Or, alors que les études se multiplient, on nie toujours la nocivité des pesticides. Des bébés sans bras, des leucémies en veux-tu en voilà, des cancers de toutes sortes touchant principalement les paysans, mais non, le problème, ce sont les écolos, ceux qui veulent mettre des normes donc faire de la politique face à un marché qui favorisera toujours le plus puissant et donc rarement le plus vertueux ! Prenons votre choix de ne plus financer les syndicats agricoles. La conséquence n’est pas la même pour la FNSEA qui préside les chambres d’agriculture et pour la Confédération paysanne. Sans cette modeste somme de 17000€, c’est le seul employé qui est menacé. Et donc l’outil tout entier.

En matière de transports, le choix volontariste qui a été maintenu par votre majorité est ambitieux. 550M€ en 2026, c’est une somme ! Depuis l’arrivée de la gauche à la tête de cette collectivité, les transports ont été un choix assumé. Tellement assumé que c’est bien la Région Bretagne qui, rappelons-le encore une fois, a payé la LGV vers Paris, y compris sur des tronçons qui n’étaient pas sur son périmètre pour un total d’1 milliard d’euros, soit quasiment une année de budget de l’époque. Fallait-il nous rapprocher de Paris ? Je ne sais pas, car si nous rapprochions Brest de Rennes, nous rapprochions surtout Paris de Rennes. Mais passons… Notre réseau ferroviaire est aujourd’hui tourné vers Paris. Relier la capitale française le plus vite possible est même devenu un objectif si bien qu’à Lorient, les promoteurs n’hésitent pas à communiquer sur l’opportunité d’acheter des appartements à 5000€ le mètre carré, à seulement 3h de Paris ! Notre réseau n’a pas toujours été centralisé pourtant. Ce n’était en tout cas pas le cas au début du XXe siècle. Le train a certes désenclavé des territoires, mais il les a aussi historiquement vidé du fait de sa structuration centralisée. Je pense au Trégor rural, extrêmement peuplé jadis. Faute de budget suffisant, la Région Bretagne participe indirectement à cette centralisation en n’investissant pas dans les lignes fines.

Or, c’est le serpent qui se mange la queue : sans transversales, pas de repeuplement des campagnes ! Ou alors de façon contrainte, ce qui génère encore plus de déplacements, notamment pour les plus pauvres.

J’ai pris ces deux exemples, mais au fil de nos interventions, de nombreux autres surgiront. En attendant, j’aimerais conclure par ceci : à force de ne concevoir la politique que comme de la gestion administrative, à force de nous adapter, pour les uns aux marchés, pour les autres à l’État, nous perdons de vue la société bretonne, le peuple breton. Nos propres pratiques « choséifient la Bretagne » à force d’en faire un produit marketing quand il est pour nous un pays. Tout ceci n’est rendu possible que par la dépolitisation en cours. Or, la politique, c’est un outil de défense ! Ni Dieu, ni sauveur, notre rôle d’élus est de fabriquer les outils permettant l’émancipation. Pour ne pas rester seul face aux multinationales qui considèrent hommes et animaux comme du minerai. Pour ne pas rester seuls face à l’État central qui nous regarde d’en haut, avec condescendance. Tant qu’il se comportera ainsi, nous le regarderons d’en bas, avec mépris.

For privacy reasons YouTube needs your permission to be loaded. For more details, please see our Mentions légales.

Partager cet article

Suivez-nous
Derniers articles
For privacy reasons X needs your permission to be loaded. For more details, please see our Mentions légales.