
Chambre Régionale des Comptes de Bretagne : énergies renouvelables – avril 2026
Christine Prigent porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet de la Chambre Régionale des Comptes de Bretagne : énergies renouvelables
Rapport CRC sur la production d'énergie renouvelable
Monsieur le président. Au fond, quand nous lisons un rapport de la chambre régionale des comptes, deux options s'ouvrent à nous quand on ne se situe pas dans votre majorité. Soit on le lit avec gourmandise, en attendant de relever les cartons jaunes et rouges que recevrait la région dans le rapport, ce que feront probablement plusieurs orateurs, soit on s'attache aux politiques régionales et comment elles peuvent être améliorées, et, à nos yeux, ce rapport est utile dans cette seconde perspective.
Car ce rapport est précieux pour notre institution car il donne un avis extérieur sur un aspect de la politique énergétique de la Bretagne.
Dans son SRADDET, la Région a fait preuve de beaucoup d'ambition. Elle a peu de marge de manœuvre, n'ayant pas de pouvoir décisionnel. Les décisions majeures restent aux mains de l'Etat et l'autonomie énergétique n'avance guère.
Les objectifs ne sont pas atteints. Partons du constat suivant : malgré de bonnes volontés, la décarbonation de la consommation d'énergie ne va pas au rythme attendu. La progression des énergies renouvelables est moindre que prévu. La centrale à gaz de Landivisiau a un impact fort sur le maintien de la consommation d'énergies fossiles. Les filières de l'éolien peinent à atteindre leurs objectifs de développement. On constate donc une baisse de la part de renouvelable dans la production énergétique bretonne.
La Région Bretagne a mis en place une gouvernance horizontale et élargie au sein de la Conférence bretonne de la transition énergétique (CBTE). Elle mène bien son rôle d'animation et d'accompagnement des territoires. Mais on ne sent pas une véritable volonté de fédérer l'ensemble des acteurs. La Région est chef de file. Elle devrait être moteur et impulser davantage de projets.
Le rapport pointe les retards et manques sur chaque filière : ainsi le plan de déploiement de centrales photovoltaïques pour le patrimoine immobilier est ambitieux mais il reste à financer. Ou encore le choix de la Région de « Hydrogène 2030 » s'est heurté à des retards de développement et à la hausse des coûts. 60% des aides directes à la filière renouvelable ont été fléchés vers l'hydrogène ce qui a fortement réduit la capacité régionale à soutenir d'autres énergies renouvelables sur fonds propres. Nous le déplorons fortement.
Enfin est évoquée l'émergence d'un écosystème industriel et technologique lié aux énergies renouvelables, dont les énergies marines qui peuvent être un facteur de développement pour les ports, développement limité par les choix stratégiques de l'Etat
Le rapport s'attaque aussi, c'est le plus intéressant, à la question des énergies renouvelables en mer, avec ses réussites et ses échecs. On sait le débat crispé, j'ai moi^-même participé à nombres de réunions en baies de Morlaix pour comprendre tous les points de vue.
Mais au-delà de cette crispation le rapport s'interroge sur le devenir d'un outil crèé es qualité
Le Rapport critique fortement le fonctionnement du fonds d'investissement Breizh Energie: manque d'ambition et capital insuffisant. La Région a manqué une occasion de s'appuyer sur BreizhÉnergie pour constituer un fonds d'investissement régional. Ce rôle a été endossé par les syndicats départementaux d'énergie et par certaines intercommunalités. Ce fonds a manqué de capitaux mais aussi d'une impulsion stratégique.
La CRC envisage 2 possibilités : Soit transformer BreizhEnergie en Société Publique locale pour le seul déploiement du photovoltaïque sur le patrimoine de la Région, soit
recentrer BreizhEnergie sur les énergies marines renouvelables à travers ses infrastructures ou sortir la SemBreizh de Breizh Energie.
Pour ce qui nous concerne, nous prônerions bien « fromage et dessert » ; il nous semble en effet que les deux propositions de la CRC sont valables et se complètent. Somme toute, la justice administrative et financière française est parfois plus lucide sur les politiques territoriales que le ministère des finances, et ce malgré la bascule de cette dernière à la première de la même responsable politique, Mme de Montchanin.
La Bretagne a un énorme potentiel dans le domaine des énergies marines mais il est nécessaire de mettre en place une planification coordonnée afin de concilier les différents usages de la mer : pêche, transport maritime, loisirs mais aussi protection de la faune et de la flore et des paysages.
Une remarque est faite dans ce document sur le développement de l'énergie hydrolienne qui a été soutenue par la Région mais c'est malheureusement un échec financier. Cette filière n'est pas structurée, n'a pas un modèle industriel et économique robuste. C'est vraiment dommage car l'hydrolien a un bon potentiel de développement et devrait être encouragée.
Pour l'éolien terrestre, le rattrapage de la trajectoire se heurte à 2 obstacles majeurs. L'acceptabilité des populations et l'habitat dispersé auxquels il faut rajouter les contraintes réglementaires, liées à l'armée. Seuls 2% du territoire breton est éligible à l'installation d'éoliennes terrestres.
Le CESER propose d'assouplir la réglementation et d'étudier la possibilité d'installer des éoliennes sur des friches industrielles ou les zones portuaires.
La production de biogaz par la méthanisation progresse grâce aux aides publiques. Entre 2012 et 2023 le nombre de méthaniseurs a été multiplié par 8 et la production de biogaz par plus de 13. Notre groupe, comme l'a dit Valérie Tabard, n'a franchement pas la même vision des choses, et ne souhaite pas encourager le développement de la méthanisation.
Le bois reste la première source de production d'énergie renouvelable en Bretagne mais la pression sur la ressource risque, à terme, d'être problématique.
Un développement soutenable de la filière, dans le respect des forêts et haies, est essentiel. Sans oublier de prendre en compte le réchauffement climatique et son impact sur la vie des arbres. Appuyons-nous sur le Plan breton pour l'arbre voté en décembre 2023.
La cour régionale des comptes fait des recommandations sur le développement de la production d'énergies renouvelables qui nous semblent nécessaires.
En conclusion, nous élus de Breizh a-gleiz, souhaitons que la Région mette en place une politique de production d'énergies renouvelables volontariste, s'appuyant sur les techniques les plus en pointe et les plus efficaces, tout en mettant en œuvre des actions encourageant une plus grande sobriété dans tous les domaines.
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