RNR Landes des bocages de la Poterie – février 2026

Published On: 24 mars 2026Views: 4

Valérie Tabart porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet du bordereau : RNR Landes des bocages de la Poterie

 Chers collègues,  

Nous sommes ce vendredi matin, au 3ème jour de la session après une intense séquence de débats et de vote budgétaire, à examiner le classement du site « Les landes et bocage de la poterie » en Réserve naturelle régionale pour 10 ans. En écrivant ces lignes, il y a quelques jours, j'ai déjà imaginé les 3 ou 4 orateurs, qui suivront la présentation du dossier, plutôt localisés en Cotes d'Armor, et même très proches du territoire concerné, la communauté de commune Lamballe Terre et Mer et même de la commune de Lamballe Armor.   

Il est d'ailleurs prévu, tout au plus 20 minutes, sur ce temps de discussion dans le pré-déroulé de session.   

Alors, je ne voudrais pas abuser de notre temps précieux à tous, je ne voudrais pas décaler le déjeuner (surtout quand je pense à l'appétit gourmand de mon collègue Gaël Briand !), mais je voudrais cependant exprimer quelques points importants sur le sujet  

 

D'abord l'émerveillement et l'enthousiasme vis-à-vis d'un site remarquable, que j'ai eu la chance de visiter au cours de la campagne des régionales en Juin 2021, en compagnie de Jean Luc Barbo, Vice-président à la biodiversité à Lamballe Terre et Mer et du directeur à l'époque de l'association gestionnaire du lieu Vivarmor, Jérémy Allain.   

Ce fut un temps suspendu au cœur de la campagne, à la rencontre de ce paysage singulier de landes, de mares, de tourbières, de bocages et de prairies, décliné à cette période en différents verts, jaunes et bruns. Les landes sont nos garrigues bretonnes !  Et quand on pense au chant des oiseaux, aux courses furtives des petits mammifères, aux stridulations vives des sauterelles et aux grésillements continus du Criquet des ajoncs, c'est tout un univers sonore qu'on peut ici restituer.  

Ces landes ont été façonnées pendant des siècles par l'intervention humaine, qui faisait de l'ajonc ou de la bruyère tantôt du pâturage, du fourrage et tantôt de la litière ou encore du combustible pour les fours à pain ou à pot.  

Les mares sont les héritières des cavités d'extraction de l'argile qui faisait la renommée des potiers de la région Lamballaise. On peut se dire que c'était une époque de labeur. Il y a souvent eu d'ailleurs un regard négatif, au nom de la modernisation qu'il fallait faire advenir dans les campagnes. Les travaux du naturaliste et historien François de Beaulieu donne une autre version, celle d'une certaine symbiose entre une communauté locale et son environnement, avec du temps pour la vie collective et culturelle, en témoigne la riche production populaire de chants, de danses, de contes et de légendes. Le résultat, en tout cas, est là, qui tient aussi de la particularité d'une roche, le Gabbro de Trégomar :  une richesse écologique et biologique exceptionnelle avec une diversité d'espèces animales et végétales dont certaines constituent des raretés.     

Emerveillement d'un côté pour la richesse et la beauté du lieu et son caractère patrimonial mais aussi lucidité pour la rude réalité d'un effondrement écologique. Le dossier scientifique est bien documenté à ce propos : la réserve est dans un territoire particulièrement marquée par une agriculture intensive, avec des pratiques de monocultures gourmandes en engrais et en produits phytosanitaires.  

De même, comme nos fonds de vallées, les landes, dont on s'est détourné de l'usage, et qu'on ne fait plus pâturer, comportent le risque de se refermer et du même coup entrainer la destruction des habitats de nombreuses espèces déjà fragilisés par le dérèglement climatique. Des libellules, des oiseaux comme le coucou gris ou encore la vipère péliade, espèce emblématique de la Bretagne sont ainsi menacés de s'éteindre et la responsabilité bretonne est convoquée.  

C'est le moment de saluer l'action courageuse, ardente et tenace des acteurs locaux qui ont porté dans le territoire de Lamballe ce projet de réserve. Ce sont, entre autres, les guides de ma visite en 2021, Jean Luc Barbo et l'équipe de Vivarmor, véritables chevilles ouvrières avec de nombreux autres artisans dont les maires de Lamballe (ancien et actuel, cher Philippe Hercouët). C'est un travail au long cours, qui a vu ces acteurs porter le premier atlas de la biodiversité d'un territoire breton, sorti en 2017, prendre une décision remarquable de fermeture de route départementale pour faciliter la migration des amphibiens lors de la période de reproduction, jusqu'à l'aboutissement aujourd'hui d'un classement en réserve sur leur territoire.  

Je dirais à cet endroit toute l'importance d'ambassadeurs ou de diplomates de l'écologie sur le terrain, d'élus, de citoyens et d'animateurs, portant une conscience écologiste et inscrits dans la trame sociale d'un territoire, en mesure d'expliquer à hauteur d'hommes et de femmes le sens des actions environnementales. Ce lent et patient travail de dialogue et de compromis, avec sa part de de coups à prendre et même parfois d'échecs, est indispensable. Mais il est largement fragilisé par l'inanité des actions à une échelle plus large et par le recul actuel des décisions gouvernementales en matière d'environnement.    

 

Admiration donc pour l'action locale, bien relayée par la volonté régionale, M.le Président, Mme la Conseillère régionale déléguée, d'augmenter à 2%, alors qu'elle est aujourd'hui à 0,58%, la part des réserves naturelles régionales sur le territoire breton.  

 

 

 

Mais là encore, la lucidité : les transformations globales nécessaires pour protéger nos écosystèmes ne s'enclenchent pas. Je pense que dans cet hémicycle, et je m'y inclus, nous avons encore du mal à nommer les interdépendances vitales entre notre existence humaine et les écosystèmes naturels.  Protéger, créer des réserves, ce n'est pas juste pour préserver la beauté des paysages ou telle libellule ou tel .   C'est pour eux mais aussi pour nous, parce que leur déclin fragilise nos propres vies humaines. La lecture du philosophe Baptiste Morizot nous renseigne. Il y a une mauvaise nouvelle : le vivant dont nous faisons partie s'effondre et n'est plus que braises.  Il y a une bonne nouvelle : le vivant a une puissance de feu. Il nous faut juste desserrer l'étau de nos pressions humaines pour que les braises du vivant s'enflamment à nouveau   

 

Je ne résiste pas, avant de conclure, à faire claquer dans cet hémicycle les noms de quelques espèces végétales et animales. Ces noms, donnés par les hommes et les femmes qui les ont identifiés, portent une poésie, je trouve, laquelle peut nous inviter, nous aussi, à aller à leur rencontre dans les landes et bocages de la Poterie ou ailleurs :    

Pour la flore : le fluteau nageant, la parisette à 4 feuilles  

Pour les papillons : le miroir et l'hespérie du brome  

Pour les amphibiens : le Triton palmé, le Triton ponctué, le Triton marbré, le Triton crêté et le Triton alpestre  

Et pour terminer, les oiseaux, le bruant jaune, l'engoulevent d'Europe, – dont le nom évoque ce bec grand ouvert en vol pour gober goulûment ses proies –, et enfin, emblématique des landes de la Poterie, la Fauvette Pitchou, dont le chant annonce le printemps.  

 

Il serait bon que nous, les humains, annoncions à notre tour le printemps d'un profond renouveau symbiotique avec cette richesse, cette beauté, mais aussi cette fragilité qui nous entoure… et dont nous tenons notre propre existence.   

Pour illustrer, pour le déjeuner ce midi – et je pense à nouveau… à notre collègue gourmand Gaël ! – nous aurons dans nos assiettes des produits dont la production et le rendement dépendent de l'action pollinisatrice des insectes et des oiseaux. Sans ces services gratuits du vivant, notre assiette se vide : c'est scientifiquement établi.  

Nous voterons bien sûr et avec enthousiasme le classement de la Réserve naturelle régionale des Landes et Bocage de la Poterie.  

Nous mesurons le travail accompli et aussi tous les nouveaux chantiers et défis qui s'ouvrent sur le territoire de Lamballe Terre et Mer!  

Je vous remercie.    

   

 

 

   

 

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