
Discours de politique générale – avril 2026
Gael Briand porte la position du groupe Breizh a-gleiz dans le discours de politique générale
Session du conseil régional 2 avril 2026
Discours de politique générale
Monsieur le Président, chers collègues,
Au sortir de ces élections municipales, j'aimerais commencer notre propos en adressant nos félicitations à celles et ceux de nos collègues qui ont été élus, maires ou conseillers. Également à celles et ceux qui se sont prêtés à l'exercice démocratique et qui n'ont pas réussi. Comme pour le monde associatif, l'engagement doit être encouragé car moins il y a de motivés, plus le pouvoir est concentré.
Le soir du premier tour de ce scrutin, l'une de mes colistières lorientaises – non encartée je précise – s'est exclamée spontanément : « il n'y a plus de place pour les modérés ». Cette phrase m'a marqué à deux titres. D'abord parce que nous sortions d'une campagne particulièrement violente où la communication, autrement dit la forme, a nettement primé sur le fond. D'autre part parce que j'ai été nourri depuis toujours des propos de l'historien et politologue Jean-Jacques Monnier qui a toujours affirmé que, de Ouessant à Clisson, le comportement électoral des Bretonnes et des Bretons était marqué justement par la modération.
Mais la géographie explique encore-t-elle les résultats électoraux ? N'assiste-t-on pas, au contraire, à une déterritorialisation des comportements électoraux ? A une uniformisation nationale des élections, basée non plus sur des débats locaux complexes et nuancés, mais plutôt sur des étiquettes ? Je n'ai pas de réponse facile à ces questions.
Si je déplore l'hypercentralisation qui désormais pollue nos débats municipaux, je constate aussi que cette élection reste malgré tout locale. Nos communes sont des communautés où les gens se connaissent. On vote donc beaucoup pour des personnes. Raison de plus pour ne pas abîmer ces communautés… Les opinions diverses se doivent d'être respectées et rien ne serait plus grave que d'être dans l'impossibilité de débattre. Les anathèmes : « woke », « bobos », « décroissants », « islamo-gauchistes » ou encore « Khmers verts » que nous avons pu entendre ici, mais à l'inverse aussi, « fascistes » affublés à tort et à travers sans souvent comprendre le sens des mots, toutes ces interjections ne sont que des paravents qui mettent de côté le fond politique et cherchent simplement à décrédibiliser l'adversaire. Or, la rhétorique, l'argument d'autorité, la pensée unique sont néfastes à la démocratie. Qu'importe le bord politique, ces procédés nuisent à un objectif fondamental de la cité depuis quelques millénaires qu'elle existe : vivre ensemble. Le respect de la diversité n'est pas un principe théorique et les attaques d'élus comme en a subies la nouvelle maire de Plouaret ou les démissions qui en découlent comme à Moncontour récemment, devraient nous faire honte collectivement.
Il convient d'affirmer ici haut et fort que la radicalité des propositions politiques – nécessaire vu l'état de la planète – a peu à voir avec l'outrance ! Crier fort ne donne pas raison. Insulter n'a rien de constructif. Cliver n'est pas révolutionnaire. La preuve avec Donald Trump ! Et justement c'est l'actualité internationale qui nous ramène à la Bretagne. La guerre en Ukraine provoquée par la Russie nous a rappelé avec force notre dépendance aux énergies fossiles, notamment au gaz. La guerre en Iran provoquée par les États-Unis en rajoute une couche, cette fois-ci avec le pétrole. Un quart du commerce mondial de pétrole par voie maritime et un cinquième pour le gaz naturel liquéfié transitaient par le détroit d'Ormuz en 2025 et le voilà contrôlé par les mollahs. Ces guerres nous concernent car elles interrogent notre propre développement économique.
Et c'est là qu'intervient le SRADDET, sigle barbare pour schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires, un document de planification régional. C'est ce SRADDET qui indique nos trajectoires, en fonction des programmes politiques. Et c'est justement là que s'exprime la radicalité ou non de nos politiques publiques.
Ce qui est en jeu, c'est non seulement la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi, de manière urgente et même vitale pour nos démocraties la sortie des énergies fossiles. Les carburants fossiles, pétrole et gaz, autrefois symboles d'abondance et de croissance sans limite, sont devenus des vecteurs de chaos et la rente de régimes politiques monstrueux. Disons que le seul avantage de ces crises économiques et politiques, c'est que si après ça, on ne comprend pas la nécessité d'une Union Européenne forte, donc politique, c'est qu'alors on préfère être les paillassons sur lesquels d'autres puissances, hostiles, s'essuieront les pieds !
Comment se désaliéner ? Pour la Bretagne, cela consiste à trouver ou retrouver de l'autonomie. A défaut de disposer aujourd'hui d'une autonomie institutionnelle qui nous rendrait bien plus efficaces, nous pouvons agir sur plusieurs priorités bretonnes : l'artificialisation des sols, les transports, l'agriculture et la pêche.
L'artificialisation interroge notre manière d'habiter. A force de « rayonner », mot à la mode, la Bretagne attire. Démographiquement, elle aspire même la population française sans que personne ne s'alarme sur sa capacité à accueillir. Non que nous refusions celui ou celle qui vient d'ailleurs, mais l'arrivée rapide de nouvelles populations pose des problèmes urbanistiques et plus largement d'accès aux ressources, en particulier à l'eau. C'est d'autant plus vrai quand une partie de la profession agricole se sent agressée dès lors qu'on fixe des règles sur les bassins versants pour éviter des problèmes de santé publique. Déjà, la faune et la flore sont mises à mal par les intrants chimiques, mais qui plus est, nous colonisons toujours plus leur habitat. Où est la logique de partage ? Comment respectons-nous les milieux dans lesquels nous évoluons ? Bien sûr, nous devons loger tout le monde, mais rappelons-le encore et encore : la crise du logement n'est pas une crise du bâti. Du logement, il y en a. Nos zones d'activités géantes, véritables verrues urbanistiques, vont-elles cesser de grandir grâce au ZAN ? Rien n'est moins sûr hélas tant la contestation locale de cette loi est forte. Et pourtant, on n'y voit que des parkings. On entend peu la droite sur ces sujets, plus occupée à fustiger des éoliennes dont le but est justement de réduire nos dépendances aux énergies fossiles alors même que les nouveaux projets de centrales nucléaires – quoi qu'on en pense sur le fond – n'aboutiront pas avant la décennie 2040 au plus tôt. Comment peut-on à la fois se scandaliser devant la perspective de voir fonctionner des éoliennes à 20 kilomètres de nos côtes pour notre autonomie en électricité et se satisfaire de ces zones commerciales et industrielles hideuses qui gâchent nos paysages quotidiens partout en Bretagne ?
Les transports ne sont pas concernés par nos travaux aujourd'hui, mais leur décarbonation est essentielle. Dans ce domaine, il y aurait encore tant à faire, mais la trajectoire, elle, est prise ! Ce n'est donc pas de « prise de conscience » ou de « volonté politique » qu'il faut mais bien de l'argent, pour investir. Nous avons là un enjeu politique breton : gagner l'autonomie institutionnelle et en premier lieu fiscale.
L'agriculture, en revanche, est un levier important pour réduire notre dépendance. Dans ce domaine, notre groupe porte un discours il est vrai radical. C'est que nous mesurons l'urgence ! En revanche, nous pensons être dans la nuance et la compréhension. C'est d'ailleurs le sens de la question orale que nous posons aujourd'hui sur le devenir de la filière volaille. Il faut que nous trouvions un chemin. Reste d'abord à nous mettre d'accord sur l'objectif : voulons-nous ajuster les productions à la capacité des milieux naturels en Bretagne ? Si oui, alors la trajectoire n'est pas assez ambitieuse.
Transformer notre agriculture, la rendre plus vertueuse, ce n'est pas la détruire, c'est justement lui donner un avenir. Ne pas le faire, c'est appauvrir nos sols, détruire notre biodiversité et à terme nous condamner. Sans parler du modèle social que ce productivisme impose ! Mieux vaut 100 entreprises agroalimentaires bien implantées dans nos divers pays bretons que 3 multinationales qui font la pluie et le beau temps pour toute une filière.
Quant à la pêche, je préfère utiliser les mots d'un pêcheur du Guilvinec, Sébastien Le Prince, lu sur les réseaux il y a quelques jours. « J'ai aimé la pêche au point de la placer avant tout, avant ma femme, avant mes enfants, avant le reste. (…) Ma passion s'éteint lentement, mois après mois, crise après crise. Nous nous sommes toujours relevés en nous disant « ce n'est pas grave, on travaillera plus ». Mais cette fois, nous sommes arrivés au bout de ce que l'on peut donner. Je suis conscient des efforts de l'État et des aides mises en place dans l'urgence. Je sais que nous ne sommes pas les seuls à souffrir et que beaucoup de familles galèrent aussi. Je respecte cela. Pourtant, quand 20 centimes ne suffisent même plus à boucler les tours, quand la filière entière attend après nous pour continuer à nourrir le pays, on finit par toucher le mur. Depuis le 10 février, je suis en mer. Pas une nuit à la maison. Pas une heure avec mes enfants. Demain à 18h, le Magellan restera à quai pour une durée indéterminée. Je jette l'éponge, le temps de reprendre mon souffle et de retrouver un peu ma famille. En attendant un futur meilleur, je l'espère de tout cœur ». Derrière ces abandons, il y a d'autres métiers. Des mareyeurs, des agents de ports, des transporteurs, des coopératives maritimes. Il y a de l'artisanat comme la fabrication des filets, mais aussi de l'industrie, notamment navale. Notre système économique est tellement absurde que la Bretagne importe de plus en plus de poissons d'ailleurs au mépris de sa géographie. Là encore, l'Union européenne a permis et permet encore, au prix de beaucoup d'efforts, d'améliorer les stocks de poissons, mais on ne saurait pas garder nos marins-pêcheurs ?
Voilà pourquoi nous revendiquons l'autonomie. Il y a ce que nous pouvons faire seuls, « auto-gérés » comme dirait un anarchiste. Et il y a ce qui nécessite de gagner du pouvoir de décider et l'argent qui va avec. Cela suppose une réforme radicale : le fédéralisme, l'autonomie institutionnelle. Une réforme radicale vue de France certes mais normale dans la plupart des démocraties européennes. Chez nous, au contraire, notre système politique valide l'hypercentralisme et considère que l'argent ruisselle depuis Paris, ce qui n'est pas vrai. Jacobinisme et néolibéralisme font bon ménage. « Chacun voit midi à sa porte », comme on dit : le nouveau maire de Paris, de gauche, veut des musées gratuits pour ses concitoyens. Ce sont pourtant les impôts de tous les Français qui payent ces musées ! Pour Michel Guerrin, rédacteur en chef du Monde, « il y a quelque chose d'indécent à demander à l'État de faire un effort pour les Parisiens ». Si une mesure sociale pour les parisiens l'est au détriment des autres citoyens français, alors où est l'intérêt général ? A cette question, nous avons une réponse simple…
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