
SRADDET – avril 2026
Valérie Tabart porte la position du groupe Breizh a-gleiz au sujet du SRADDET
Chers collègues,
La modification du SRADDET (Schéma régional d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) qui intègre les objectifs de la 2ème Stratégie Nationale bas Carbone ( SNBC2) porte des perspectives de transformations profondes pour notre territoire.
D'ici 2050, la Bretagne devra diviser par 4,5 ses émissions de gaz à effet de serre, et d'ici 2040, réduire de 42 % sa consommation d'énergie et multiplier par 3,7 sa production d'énergies renouvelables.
Crise climatique, écologique et crise géopolitique se rejoignent pour dessiner un nouveau modèle européen sobre dans l'utilisation des ressources et souverain, maitrisant au maximum, de la matière première au produit fini, les processus de productions nécessaires à la vie de ses habitants et habitantes.
Mais les questions centrales demeurent : Comment faire accepter et accompagner ces transformations ? Jusqu'à quel point porterons-nous collectivement ces transformations indispensables ? Et nos efforts se feront-ils avant tout au service de la justice sociale et de la solidarité ou renforceront-ils des inégalités, satisfaisant avant tout l'appétit des marchés ?
En Bretagne, le secteur agricole illustre à lui seul l'ampleur du défi. Premier émetteur de gaz à effet de serre, il est aussi porteur de solutions grâce à la captation carbone dans les sols et la biomasse. Mais il est percuté par le sujet de l'acceptabilité sociale alors qu'il pèse en termes d'emplois et qu'il traverse déjà de fortes tensions : incertitudes économiques, impacts du dérèglement climatique, rémunérations souvent insuffisantes, inégalités d'accès au foncier.
Nous pouvons ajouter aux difficultés de la bifurcation agroécologique : un contexte national d'injonctions contradictoires avec des reculs environnementaux majeurs, un risque de fragilisation de la Politique Agricole commune et surtout l'absence de responsabilité de pilotage pour la Région.
Dans ce contexte, comment jaugeons-nous votre proposition de trajectoires agricoles prenant en compte l'horizon 2050 de neutralité carbone ? Ce sera en 4 points
Premièrement, notre groupe Breizh a-gleiz, salue votre choix volontariste, M. le Président : dans un contexte de vide juridique sur la répartition des efforts climatiques de chaque Région selon leurs caractéristiques socio-économiques (ce que les COP régionales organisées par le secrétariat Général de planification écologique étaient censées faire ! ) : vous nous proposez d'aligner l'objectif sectoriel agricole du SRADDET sur la trajectoire définie par la SNBC2.
Deuxièmement, vous souhaitez demander à l'Etat un regard différencié sur l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050 pour la Bretagne, compte tenu de sa production agricole, laquelle contribue à la souveraineté alimentaire européenne. Mais encore faut-il porter avec clarté la notion de souveraineté alimentaire, laquelle est souvent brandie pour parler de la production, voire des exportations sans jamais aborder notre manque de souveraineté alimentaire en matière d'importation ? !. Comment pouvons-nous parler de souveraineté alimentaire en omettant de parler de nos dépendances ? Selon l'estimation de la Chambre régionale d'agriculture, nous avons besoin d'une seconde Bretagne pour les productions agricoles sur le sol breton.
Cette dépendance aux intrants importés (protéines végétales pour l'alimentation des animaux, engrais azotés, fuel…) constitue non seulement nos vulnérabilités sur le plan géopolitique mais aussi nos déséquilibres environnementaux, avec une production dopée aux importations et disproportionnée aux capacités des milieux naturels bretons.
Notre groupe Breizh a Gleiz pose à nouveau 2 principes pour un modèle agricole soutenable et une Bretagne responsable :
1/ La capacité des milieux naturels en Bretagne (sols, eau, air) à recevoir les productions,
2/ La prise en compte de l'empreinte climatique et environnementale des modes de production développés en Bretagne non seulement sur le territoire breton mais aussi ailleurs dans le monde.
Troisièmement, nous pensons que le travail de co-construction que vous avez engagé avec les acteurs économiques de l'amont et de l'aval des filières agricoles et agroalimentaires, afin de rendre opérationnelles des trajectoires de production compatibles avec la responsabilité climatique et environnementale, doit absolument s'ouvrir d'une part à la diversité des acteurs agricoles et d'autre part à l'ensemble des bretons et bretonnes.
Quatrièmement, nous constatons aujourd'hui une inflexion dans les trajectoires de production bretonnes, mais celles-ci restent largement inscrites dans le cadre des productions existantes. On tire des scénarios prospectifs à partir des scénarios tendanciels, ce qui donne par exemple des objectifs de baisse entre 20 et 34 % en productions animales, ou de 20 % d'augmentation en production de légumineuse. Notre impression apparait être confirmée quand nous lisons l'avis du HCBC : « la trajectoire retenue pour le SRADDET privilégie un scénario dit de « compétitivité et efficience zootechnique » plutôt que celui dit de « complémentarité et de diversification des agricultures bretonnes », selon les scénarios réalisés en 2023 par Ceresco et Solagro dans le cadre de l'étude commandée par la Région (dont nous n'avons d'ailleurs jamais eu les conclusions !)
Or, compte tenu du renouvellement important de génération dans la profession agricole, nous pensons que l'heure est avant tout à celui de la réflexion et de l'imagination. C'est le moment de réfléchir aux productions agricoles qu'il sera bon de ne pas retrouver en 2050 et celles qu'il convient de développer. Je pense particulièrement aux productions animales hors sol ou aux productions végétales sous serres chauffées, lesquelles ne sont pas compatibles avec une trajectoire énergétique de sobriété.
C'est le moment d'imaginer une Bretagne agricole à l'horizon 2050, ajustée à son milieu, avec une bien plus grande diversification de ses productions, avec une sortie des pesticides, avec un défi alimentaire rassemblant dans notre Région les producteurs et productrices et les consommateurs et consommatrices autour de l'équilibre et du plaisir gustatif d'une assiette qui fait une large place aux protéines végétales.
Sur la question des déchets désormais, la modification du SRADDET pose bien les enjeux actuels et à venir :
la première est celle qui conduit à un objectif de zéro déchet à horizon 2050. Réduire les déchets à la source est l'objectif prioritaire, et il l'est d'autant plus dans une période où une partie importante des bretons et bretonnes, lesquels ont très bien trié leurs déchets ménagers pendant des années, ne perçoivent plus sur leurs factures les effets de ce tri de bonne qualité. En effet, les hausses de coût de traitement des déchets étouffent les baisses tendancielles des redevances incitatives là où elles ont été mises en place. Le risque d'une démobilisation citoyenne – déchets moins triés, déchets sauvages de particuliers – est largement devant nous.
Il y a donc deux grands messages à porter par la Région Bretagne sur cet enjeu simple
Premier message, pour les Bretonnes et les bretons, qui est un message volontariste de diminution des déchets à la source, ce qui impose une responsabilisation accrue du monde économique. A défaut d'entrer dans le champ de compétences de la Région, on peut imaginer une mobilisation des acteurs économiques régionaux selon une logique voisine du plan proposé par Loïc Hénaff sur la mobilité des marchandises, lequel plan a d'ailleurs un impact sur la question des déchets.
Deuxième message, à l'attention des élus municipaux fraichement élus ou réélus et qui vont réinstituer les structures communautaires et supra-communautaires qui prennent en charge nos débats bretons, celle d'une vigilance extrême face aux grands choix d'infrastructures portées par les uns et les autres au regard du schéma régional de prévention des déchets voté en fin de mandature précédente – beaucoup se rappellent ou ont en tête le happening de Thierry Burlot en séance pour marquer les esprits.
Car le document du SRADDET pose très bien sur le papier cette équation explosive d'une région qui continue de ne pas être autonome en envoyant traiter ses déchets hors de son territoire, une région qui doit faire face temporairement à des volumes de traitement à la hausse, mais ensuite à la baisse. Dès lors comment rester sur la crête entre sous-équipement et suréquipement ? Eh bien uniquement par un pilotage parfaitement coordonné entre acteurs bretons et discussions efficaces avec les territoires contigus au nôtre.
Ces deux messages devront trouver d'autres véhicules complémentaires que ce SRADDET, tant l'enjeu de la mobilisation de l'ensemble de la Bretagne est fort en matière de gestion des déchets.
Pour conclure, le document présenté reste marqué par une approche technocratique, faite d'une matière froide et fastidieuse. Il s'inscrit dans un exercice avant tout règlementaire. Or le SRADDET devrait être surtout une histoire de projet de territoire, de rêve collectif et de mobilisation à l'échelle bretonne. Il y a, en tout cas, -et le HCBC nous y invite- la nécessité d'une « mise en récit » d'un territoire breton en mouvement, racontant combien les transformations à venir peuvent être fondatrices d'un meilleur vivre-ensemble et protectrices de la population.
Et sinon, engager la révision du SRADDET en 2028 n'est-ce pas un contretemps ? Les bouleversements internationaux mettent en évidence la nécessité d'une reconquête rapide de nos souverainetés — alimentaire, énergétique, numérique et démocratique. Ces mutations imposent de revisiter nos priorités politiques. Elle nous apparait devoir être ouverte dès maintenant pour intégrer pleinement les réalités émergentes.
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